Lire à la Folie
Un phénomène mondiale en littérature pour jeunes ados
Harry Potter fait un tabac à la Réunion
Le tome 4 des aventures d'Harry Potter, un jeune héros créé par un écrivain Britannique, et qui a rencontré un succès presque immédiat auprès des lecteurs de 10-13 ans, a fait l'objet en Métropole d'une vaste opération de promotion. Certaines librairies sont restées ouvertes toute la nuit de mardi à mercredi pour accueillir les .jeunes acheteurs du livre édité par Gallimard. A la Réunion, les marmailles se passionnent aussi pour les aventures du jeune homme et les librairies attendent " Harry Potter et la coupe de feu" pour la semaine prochaine.
C'est un raz-de-marée mondial, un véritable phénomène de société, à faire palir d'envie bien des écrivains chevronnés. Quand J.K. Rowling, une jeune mère de famille anglaise crée son personnage, il y a trois ans, elle est loin de se douter qu'elle vient de lancer une star de la littérature. 66 millions d'exemplaires des aventures de Harry Potter ont à ce jour été vendus dans le monde ; 1,4 millions des trois premiers tomes ont été écoulés en France. L'espièglerie de Harry, ses démêlés avec des forces occultes, racontés sur un ton vif, d'une écriture simple mais travailllée, expliquent sans doute ce succès mondial.
Hier est sorti en métropole la traduction du tome 4 de la série, " Harry Potter et la coupe de feu " tirée à 450 000 exemplaires. Un bon coup marketing, juste avant Noël, qui a été accompagné d'un battage médiatique hors du commun. Une quarantaine de librairies françaises, essentiellement à Paris et dans les grandes villes de province, ont organisé des nocturnes, mettant en vente le livre sur les douze coups de minuit. La plupart de ces librairies ont organisé des animations autour de l'événement.
Dans les collèges
A la Réunion, on attend l'arrivée du quatrième opus des aventures du jeune
Harry avec impatience. Les libraires ont passé leurs commandes, qu'ils attendent
pour la semaine prochaine au plus tôt.
Le phénomène s'est même implanté en milieu scolaire, puisqu'il n'est pas un
centre de documentation (CDI) de collège qui n'ait pas en rayons les trois premiers
tomes d'Harry Potter. Des livres qui d'ailleurs ne restent pas longtemps sur
les étagères. " C'est incroyable. Des enfants qui ne venaient jamais, du moins
pour emprunter un bouquin, viennent me demander ces livres. Et il faut insister
pour qu'ils les rendent, explique une documentaliste. Pour elle cet engouement
est plutôt une bonne chose. "Ça incite les gamins à lire. ils comprennent qu'un
livre, ce n'est pas forcément quelque chose de barbant. Que la lecture, ça fait
aussi rêver, ça donne du plaisir. En général, ceux qui ont lu Harry Potter reviennent
me voir pour me demander si je n'ai pas un autre livre à leur conseiller".
D'ailleurs, un concours a été organisé sur, le thème Harry Potter par la librairie
Gérard l'an dernier, auprès des collèges. Le succès a été immédiat, puisque
la librairie a reçu plus de 500 réponses.
"L'engouement est important. Le phénomène est tout récent, mais il est important",
constate Philippe Valée, de la librairie Gérard, à Saint-Denis, qui a commandé
une centaine d'ouvrages, dont 20 ont déjà été réservés. "Le phénomène est quand
même moins important qu'en Angleterre. Mais un Orage pour toute la France à
450 000 exemplaires, c'est énorme. Quand on était gamins, il y avait le club
des cinq, les classiques de la Bibliothèque verte ou rose, mais il n'y avait
pas une telle médiatisation autour d'un titre pour enfants. Même si il y a eu
des précédents, comme les "livre(s) dont vous êtes le héros ". " Harry Potter,
c'est bien écrit. Quand les enfants en ont lu un, ils ont envie de passer au
suivant, et c'est aussi une incitation, une passerelle vers d'autres auteurs.
Tous les éditeurs se sont engouffrés dans ce secteur quand ils ont vu qu'il
y avait un public. Pour ce quatrième tome, le frein, ça va être le prix (NDLR
: Gallimard lance le quatrième tome de Harry Potter en livre normal, et pas
en poche, comme les précédents. De fait, le prix quadruple - 120 francs prix
métropole. Il faudra attendre 2001 pour se procurer la version Folio junior,
bien moins onéreuse). On l'a bien vu, les gamins achètent du Pictet", poursuit
le libraire.
La maison d'édition a délibérément choisi de mettre les parents sous pression
à la veille de Noël pour qu'ils paient au prix fort le dernier bouquin de J.K
Rowling...
Même discours chez Véronique Lauret, de la librairie l'Entrepôt, qui assure
d'entrée que les Harry Potter " se vendent très bien ".
" L'an dernier, avant Noël, on avait mis en place une table spéciale pour présenter
les trois premiers tomes. Ça a très bien marché. Pour le quatrième tome, j'ai
des réservations depuis six mois. Il y a vraiment un phénomène Harry Potter,
c'est indéniable, dit-elle.
Les parents s'y mettent aussi
Des parents qui ont leur enfant, qui n'aimait pas lire, dévorer Harry Potter,
ont été très étonnés, et ce sont mis à lire le bouquin à leur tour. Car il y
a deux publics, Pour cette série : les enfants, bien sûr, mais aussi leurs parents.
Notre problème à nous, ensuite, c'est de trouver des livres qui les passionnent
autant, une fois que les jeunes lecteurs ont terminé tous les Harry Potter.
Parce que dans Harry Potter, chaque détail est pensé, on n'a pas l'impression
de lire un livre pour enfant, on se prend vraiment au jeu ", explique la libraire.
Il y a des bémols, cependant, à ce concert de louanges. Ainsi, Dominique Dambreville,
qui dirige le centre de lecture du Brûlé, estime que Harry Potter est "un gob
pour colle zoiseaux ".
"On ne doit pas censurer, si les enfants aiment ça, il faut leur permettre de
le lire. C'est bien fait ; n'importe qui se retrouve là-dedans, le petit Créole
comme le petit Mauricien. Mais c'est une lecture éphémère avec des personnages
au caractère bien typé, des descriptions simples.
" Ce n'est pas une lecture compliquée, qui prend la tête. Ce que faisons, au
centre, c'est offrir d'autres choses ; on propose livres, en réseau, sur les
thèmes qui ont été développés dans Harry Potter. Il faut accompagner l'enfant.
Un livre en ouvre d'autres. C'est le boulot de l'école. Parce qu'à
l'heure où on veut promouvoir les nouvelles technologies, il faut bien
savoir que les bibliothèques se meurent", souligne l'enseignante.
Il faudra bien un tour de magie d'Harry pour inverser la tendance.
François Gillet. _